• La Fuite à cheval très loin dans la ville (paru en 1984)
Deux soeurs, Barba et Félice, et deux garçons, Cassius et Chabanne, sont les héros fragiles d'une sorte de mythologie de notre temps ; la fuite se prolonge, jusqu'au coeur de la ville, parmi les passants, les familles, les voisins, la police et les chats. Métaphores de la vie de tous les jours, ils jouent ensemble jusque dans la mort le ballet cruel et silencieux des amours impossibles.
• Quai Ouest (paru en 1985)
« Un homme voudrait mourir. Il prévoit de se jeter dans le fleuve, dans un endroit désert, et, parce qu'il craint de flotter, il dit : "Je mettrai deux lourdes pierres dans les poches de ma veste ; ainsi, mon corps collera au fond comme un pneu dégonflé de camion, personne n'y verra rien." Il se fait conduire (dans sa Jaguar, qu'il ne sait pas conduire lui-même), sur l'autre rive du fleuve, dans un quartier abandonné, près d'un hangar abandonné, dans une nuit plus noire qu'une nuit ordinaire, et il dit à celle qui l'a conduit : "Voilà, c'est ici, vous pouvez rentrer chez vous." Il traverse le hangar, avance sur la jetée, met deux pierres dans les poches de sa veste, se jette à l'eau en disant : "Et voilà" ; et, avec de l'eau sale et des coquillages plein la bouche, il disparaît au fond du fleuve comme le pneu dégonflé d'un camion. »
• Dans la solitude des champs de coton (paru en 1987)
« C'est la rencontre d'un dealer et de son client au milieu des ténèbres d'un lieu sans nom, loin des hommes. Une rencontre presque surnaturelle où les peurs débordent et où les désirs s'entremêlent. Le Dealer tente de faire cracher le désir du client qui lui crache son refus à la figure : c'est violent, drôle, ironique et dans ce combat où chacun des deux tente de défendre ce qui lui reste de dignité, de fierté et d'humain. »
• La nuit juste avant les forêts (paru en 1988)
Un homme assis à une table de café, tente de retenir par tous les mots qu'il peut trouver, un inconnu qu'il a abordé au coin d'une rue un soir où il est seul. Il lui parle de son univers, une banlieu où il pleut, où l'on est étranger, où l'on ne travaille plus. Il lui parle de tout et de l'amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, un enfant peut-être, silencieux, immobile.
• Le retour au desert (paru en 1988)
« Dans une ville de province à l'est de la France, au début des années soixante, Mathilde Serpenoise retrouve la maison familiale qu'elle a quittée quinze ans auparavant. Revenant d'Algérie avec bagages et enfants, elle est violemment accueillie par son frère qui l'accuse de fuir la guerre et de revendiquer son héritage. Une bourgeoisie qui se dispute obstinément comme des paysans qui se souviennent éternellement des conflits de village sans en connaître l'origine et qui connaissent chaque borne de leur terrain malgré les ventes, les hypothèques et les abandons ancestraux. »
• Combat de nègres et de chiens (paru en 1990)
« Combat de nègre et de chiens ne parle pas, en tout cas, de l'Afrique et des Noirs - je ne suis pas un auteur africain -, elle ne raconte ni le néocolonialisme ni la question raciale. Elle n'émet certainement aucun avis. Elle parle simplement d'un lieu du monde. On rencontre parfois des lieux qui sont des sortes de métaphores, de la vie ou d'un aspect de la vie, ou de quelque chose qui me paraît grave et évident, comme chez Conrad par exemple les rivières qui remontent dans la jungle... »
• Prologue et autres textes (paru en 1991)
Ce Prologue d'un roman inachevé date de 1986. Son écriture a été interrompue par le théâtre : Tabataba, Dans la solitude des champs de coton et Roberto Zucco. Bernard-Marie Koltès souhaitait reprendre ce roman après Roberto Zucco.
Ce texte est suivi de deux nouvelles écrites en 1978 au Nicaragua et au Guatémala et de quelques textes courts inédits : Out (Le coup dans la gueule ; Jeet-Kune-Do ; Last, Last dragon ; Le coup fantôme) – Home.
• Sallinger (paru en 1995)
« New York, 1964. Un jeune homme, le Rouquin, vient de se suicider, laissant ses proches dans le désarroi le plus total. Alors que sa famille interroge sa mémoire et essaie de combler le vide avec des mots, son spectre vient les hanter. Tableau d'une Amérique angoissée à la veille de la guerre du Vietnam, la pièce sonne tel un combat où chacun s'efforce de donner un sens à la violence inéluctable. »
• Les amertumes (paru en 1998)
Cette pièce transposée d'Enfance de Gorki est le premier écrit pour le théâtre que Bernard-Marie Koltès a mis en scène et interprété (Alexis) en 1970 à Strasbourg avec sa troupe du Théâtre du Quai.
• L'héritage (paru en 1998)
« Dans L'Héritage, il y a une maison, froide, posée dans des champs nus qu'il faut traverser pour atteindre la ville. Dans la maison, il y a une famille, bourgeoise, riche à crouler sous les domestiques. Et dans une pièce, il y a un cadavre, celui du père. Dehors, il fait nuit. Il fera nuit toute la pièce. Koltès était un solaire à l'âme d'oiseau nocturne. Il a donné au fils de L'Héritage un nom insensé d'Indien à la Claudel, Pahiquial. Pahiquial a une mère, Anne-Agathe, un ami efféminé, Ariée, une “ fiancée ”, Thérèse, et un désir de funambule qui danserait sur des braises. Une âme en feu, la haine du monde, l'envie féroce de tout jeter – l'héritage, la maison, la famille – pour se perdre dans la jungle de villes par lui imaginées. Pahiquial est fragile, Koltès incendiaire. Ses mots impolis, parfois insupportables, surgissent d'une nuit du refus qui deviendra gracieuse, dans ses pièces suivantes. » Brigitte Salino (Le Monde, octobre 1997)
• Une part de ma vie (paru en 1999)
« Voici l'ensemble des entretiens accordés par Bernard-Marie Koltès à la presse écrite. Si ce recueil d'entretiens n'est pas un livre de Koltès, il lui appartient bien, cependant, pour en avoir relu et corrigé bon nombre d'entre eux. Ils sont bien sa voix, son humeur. À ce titre, nous nous garderons ici de tout commentaire. Passé les rapports complexes qu'il entretint avec le théâtre et dont il y aurait tant à dire, il faut bien noter cependant comment, ainsi rassemblés, ces entretiens constituent une autobiographie involontaire de Koltès ; autobiographie à l'évidence lacunaire, volontairement lacunaire et intéressante comme telle. On peut rêver à une biographie de Koltès, à son intérêt s'agissant de lui, et le lisant attentivement, n'y a-t-il pas comme une incongruité ? Faulkner qu'il admirait tant écrivait : “ C'est mon ambition d'être en tant qu'individu, aboli, rayé de l'Histoire ; de laisser celle-ci intacte, sans reste, sinon des livres imprimés ; il y a trente ans j'aurais dû être assez clairvoyant pour ne pas les signer, comme certains élisabéthains. Mon but, mon épitaphe : il a fait des livres et il est mort. ” »
Alain Prique
• Roberto Zucco (paru en 2000)
Se rapporter à l'analyse complète de la pièce.
• Procès ivre (paru en 2001)
Cette ½uvre est au premier regard une simple adaptation théâtrale du roman « Crime et châtiment » de Dostoïevski. En vérité, il s'agit d'une réécriture fondamentale qui fait paraître aussi bien le style que les thèmes futurs de cet auteur foudroyant.
• La marche (paru en 2003)
Quatre personnages amoureux... les sentiments submergent.
Raconte moi... raconte moi
toi que mon âme a aimé, raconte moi
où tu meneras aux champs, où tu coucheras les bêtes quand ce sera midi...
La guerre qui environne... La réalité qui accable
Avant même que les murs tombent, ils criaient et même avant que l'on puisse se douter de rien, tout à coup, ils se sont mis à crier.
Il faut avancer sur ce chemin balisé de lumière trop vive.
L'engagement est inscrit dans les corps, la parole intime et responsable comme une marche...
• Le jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet (paru en 2006)
Des cinquante figures de la pièce matricielle, Koltès resserre la geste de Shakespeare en un quatuor de famille, le fils, la mère, l'oncle et la fiancée, tous les quatre morts à la fin de mort violente en une suite de meurtres ou suicides par noyade, poison, poignard... Tout y paraît simple, soudain, évident comme un fait divers. Ni adaptation ni réduction, Le jour des meurtres dans l'histoire de Hamlet est la dernière pièce écrite par Koltès à Strasbourg.
• Des voix sourdes (paru en 2008)
Des voix sourdes est un texte écrit pour la radio. Il ne semble pas que Bernard-Marie Koltès ait songé au plateau de théâtre. Une note autographe de l'auteur, sur la dactylographie originale, indique (pour la radio).
• Récits morts, un rêve égaré (paru en 2008)
Il s'agit du songe d'un personnage qu'on ne connaîtra pas, mais qui subit et agit dans son rêve sous les traits et le nom de Dantale.
Deux figures occupent la plus grande partie de son esprit, tandis que d'autres passent, comme des contradictions de son corps en sommeil - les unes précises, certaines presque fugitives.
Deux éléments déterminent le rêve autant que le texte et la nature des personnages : la lumière d'une part (sa forme et son intensité), d'autre part la hauteur ou la profondeur qu'occupent les visions dans le cerveau endormi.
-Traduction :
• William Shakespeare, Le Conte d'hiver, traduit de l'anglais (Minuit, 1988).